Défendre le multilatéralisme : un enjeu vital pour la Genève internationale et pour l’Europe

Le 9 avril, j’ai interrogé l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin sur les menaces croissantes qui pèsent aujourd’hui sur le multilatéralisme et le respect du droit international.

Coupes budgétaires américaines, tensions accrues entre grandes puissances, remises en cause répétées du droit international : les fondements mêmes de la coopération internationale sont fragilisés.

Genève en première ligne

À Genève, cette crise du multilatéralisme n’est pas une abstraction. Elle se traduit par une incertitude tangible pour les organisations internationales et leur personnels qui font vivre la Genève internationale et qui, au quotidien, incarnent la diplomatie, le dialogue et la recherche de solutions collectives aux défis mondiaux.

La Genève internationale, ce sont des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects : diplomates, experts, traducteurs, chercheurs, personnels techniques et administratifs, mais aussi toutes les activités locales induites (hôtellerie, restauration, services, innovation). Si certaines institutions venaient à délocaliser leurs activités vers l’Afrique, le Moyen-Orient ou ailleurs, ce serait une perte immédiate pour l’emploi et l’économie genevoise, mais aussi une perte stratégique pour l’influence de l’Europe tout entière dans le grand concert des nations.

Le multilatéralisme, une garantie de paix et de solidarité

Dominique de Villepin l’a rappelé : l’érosion des mécanismes multilatéraux menace directement la capacité des États à répondre ensemble aux crises contemporaines – qu’elles soient sécuritaires, sanitaires, environnementales ou économiques.

Dans ce contexte, la France et l’Europe ont une responsabilité particulière : celle de défendre un ordre international fondé sur la solidarité, la réciprocité et le dialogue. Cela implique de porter une voix forte et crédible, à Genève comme à New York, pour rappeler que seule la coopération peut apporter des réponses durables aux défis globaux.

Une bataille politique, économique et stratégique

La bataille qui se joue aujourd’hui dépasse les murs des Nations Unies : elle concerne notre capacité collective à maintenir un espace international de règles et de droit, plutôt que de céder à la loi du plus fort.

Mais c’est aussi une bataille économique et sociale pour la Suisse romande : derrière chaque organisation qui fragilise son implantation à Genève, ce sont des emplois menacés et une partie du tissu économique local qui se fragilise.

Pour l’Europe, perdre son rôle central dans les enceintes multilatérales reviendrait à renoncer à une partie de son influence et de sa crédibilité. C’est pourquoi il est urgent que l’Union européenne, avec la France en chef de file, réaffirme son attachement à la Genève internationale et s’engage à renforcer ses soutiens financiers, diplomatiques et politiques aux organisations qui y sont implantées.

Défendre la Genève internationale, défendre notre avenir

Pour les Genevois, pour les Français de Suisse et pour l’ensemble des Européens, la défense du multilatéralisme n’est pas une question théorique : c’est une condition de stabilité, de prospérité et de rayonnement.

Dans ce moment de fragilité, il est de notre responsabilité d’agir avec détermination pour préserver et renforcer la Genève internationale, au service d’un ordre mondial plus juste et plus pacifique.