Quel avenir pour le multilatéralisme commercial ?

Mercredi, j’ai interrogé M. Pascal Lamy, coordinateur du réseau de l’Institut Jacques Delors, ancien commissaire européen au commerce et directeur général de l’OMC, et M. Jean-Marc Siroen, professeur émérite en sciences économiques à l’Université Paris-Dauphine, à l’occasion de la table ronde organisée en Commission des Affaires étrangères sur le retour du protectionnisme et la contestation du libre-échange dans le commerce international.

J’ai souhaité interpeller nos intervenants sur l’avenir de l’Organisation mondiale du commerce, dont le siège est à Genève — au cœur de ma circonscription. Son avenir préoccupe naturellement la communauté internationale qui y est implantée, y compris les Français de Suisse que je représente.

Le retour du protectionnisme, consacré par la politique commerciale de l’administration Trump II, repose sur une logique de jeu à somme nulle qui remet en cause les fondements du système élaboré au sortir de la Seconde Guerre mondiale : le multilatéralisme, l’interdépendance pacifique, le libre-échange, et surtout la conviction que la coopération peut bénéficier davantage à tous dès lors que chacun respecte des règles communes.

Comme le rappelait Pascal Lamy en avril sur la RTS : « Le rôle de l’OMC aujourd’hui, c’est d’éviter que les bêtises américaines n’amochent l’ensemble du système mondial. »

Or, les atteintes au système ne sont pas seulement américaines : l’Union européenne est parfois accusée de protectionnisme normatif, tandis que la Chine subventionne massivement certaines de ses filières industrielles. Par ailleurs, rien ne permet de penser que la rupture américaine avec le multilatéralisme commercial soit limitée à Donald Trump. Le blocage de l’Organe d’appel de l’OMC, initié sous son premier mandat, n’a pas été résolu sous l’administration Biden.

J’ai donc interrogé nos invités :

comment l’OMC peut-elle encore jouer ce rôle de garde-fou face au repli protectionniste ?

Et surtout, quels leviers lui restent-ils pour opposer à la logique du rapport de force un modèle de coopération multilatéral fondé sur la réciprocité, notamment en matière sociale et environnementale ?